02.03.2007
Les autres - Alice Ferney
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Théo fête ce soir ses vingt ans, et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissances. Rien sinon le jeu de société qu'il reçoit en cadeau, qui se propose de dévoiler à chacun la façon dont les autres le perçoivent, et donc de remettre en cause l'idée qu'il se faisait à la fois de lui-même et de la force des sentiments réciproques l'attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusqu'ici soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance et nul ne sortira indemne de cette soirée. L'occasion d'évoquer les liens de la fratrie, de l'amitié ou de l'amour naissant
Je garde un souvenir assez flou du seul roman d'Alice Ferney que j'ai lu: "La conversation amoureuse". Je me souviens seulement avoir beaucoup aimé. Le style d'Alice Ferney est un des meilleurs que j'ai pu lire dernièrement. Son écriture est incroyablement harmonieuse, ciselée, polie, gracieuse et équilibrée. Elle est pleine de contours et de jolies boucles, elle est ronde, jamais sèche, simple au premier abord mais finalement complexe dans sa construction. Une incroyable femme de lettres donc!
Ce roman se compose comme un huit-clos. 7 personnes se préparent à jouer à un jeu de société: "Personnages et caractère", offert à Théo pour ses vingt-ans, par son frère aîné Niels. Ce jeu est loin d'être inoffensif, bien au contraire. Il est même "déconseillé aux personnes susceptibles". Théo, Niels, Moussia (leur mère), Estelle (la fiancée de Théo), Marina (l'amie d'enfance de Théo et l'ex de Niels), Claude (l'ami de Niels) et Fleur (la fiancée de Claude) se retrouvent alors (certains malgré eux) plongés dans ce jeu qui s'avèrera dangereux, piégeur mais aussi terriblement révélateur. Révélateur de leurs forces, de leurs faiblesses, de leurs personnalités mais aussi de leurs relations. Ce jeu se présente comme ayant avant tout pour objectif de révéler les caractères de chacun. Mais comme de bien entendu, des discussions voire des disputes et des remises en question féroces s'ensuiveront. Le concept de ce roman est plus qu'alléchant non?
Il en ressort un récit à la structure alambiquée, où trois parties sont mises en relief. Le récit est écrit et vu de trois types de narration différents. On remarque alors certaines répétitions mais le rendu est tout de même subtil et élégant, jamais confus. Néanmoins, ce roman pourrait sans doute paraître quelque peu artificiel à quelques-uns. A moi, il m'a plû. Alice Ferney sait très bien dépeindre la psychologie de ses personnages. Elle parvient à nous les rendre multi-dimensionnels et jamais caricaturaux. Les descriptions des relations entre les individus sont également un point fort de cette oeuvre.
"Nul homme n'est pour lui-même celui qu'il est pour les autres et pas davantage celui qu'il se figure être à leurs yeux. Si clairvoyants soient-ils, les regards rencontrent tant d'obstacles: ils ne se voient pas eux-mêmes, ils ne traversent pas la chair."
"Tu es... On ne devrait jamais ni se laisser qualifier par autrui, ni qualifier autrui. Mais on le fait couramment. On parle des autres et de soi, à tout bout de champ. En somme dès que l'on n'a rien à dire, les uns les autres on se parle des autres et de nous-mêmes. Nous sommes, nous-mêmes et les autres, le nuisible refuge de nos conversations: je suis, tu es, il ou elle est..."
Je pourrais citer tant d'autres passages... Ce roman est tellement bien écrit qu'il donne presque le vertige. Les individus et les problèmes sociaux sont si bien analysés qu'on se retrouve un peu soi-même et ce, sans aucun mal dans l'écriture d'Alice Ferney.
11:20 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Et un de plus, un !!! je ne sais pas si j'arriverais à tout lire !!!
Ecrit par : Florinette | 02.03.2007
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