27.02.2007

L'histoire de l'amour - Nicole Krauss

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A New York, la jeune Alma ne sait comment surmonter la mort de son père. Elle croit trouver la solution dans un livre que sa mère traduit de l'espagnol, et dont l'héroïne porte le même prénom qu'elle. Non loin de là, un très vieil homme se remet à écrire, ressuscitant la Pologne de sa jeunesse, son amour perdu, le fils qui a grandi dans lui. Et au Chili, bien des années plus tôt, un exilé compose un roman...

Ce roman de Nicole Krauss est incontestablement de ceux qui laissent une trace en nous. Il se démarque par son ambition, il constitue par le traitement unique qui a été fait de son sujet, une des très bonnes surprises de l'année littéraire 2006. C'est un roman touchant, poignant même à certains moments. Prenant l'Amérique d'aujourd'hui, sur laquelle plâne encore l'ombre de la Shoah, comme toile de fond de son récit, Nicole Krauss écrit avant tout de manière à montrer l'attachement et la tendresse qu'elle voue à ses personnages. Au coeur de son histoire, des vies s'entremêlent, se heurtent, des existences qui n'étaient pas faites pour se figer dans le temps et l'espace, et qui retrouvent donc des échos dans le présent. C'est avant tout l'histoire d'individus qui se retrouvent mêlés dans une seule et même histoire: l'histoire de l'amour et de l'écriture, une histoire intemporelle, de l'attachement et du coeur, de la douleur incarnée par le sentiment et l'émotion du souvenir et de la mémoire.
Il y a d'abord Léopold (le personnage qui m'a sans doute le plus touchée), le vieux monsieur polonais exilé à Brooklyn et hanté par la déportation. Léopold est un homme meurtri par la vie, qui n'a jamais pu trouver le bonheur. Il a perdu la femme qu'il aimait (qui s'est marié avec un autre), celle qui restera à jamais la femme de sa vie. Ils ont eu un fils, que Léopold n'a jamais pu rencontrer. Il décidera de vivre par procuration, en regardant son fils grandir puis vieillir, en cachette. La vie de Léopold n'a de sens que parce que son fils vit. Il parvient à continuer à exister seulement en sachant qu'il a un fils, qu'il ne connaît pas et qui ne le connaît pas mais qu'il aime de manière touchante et déchirante. L'histoire de Léopold transcende "L'Histoire de l'amour', lui confère un éclat mélancolique incomparable. Un des récits familiaux les plus plus bouleversants que j'aie pu lire.
Il y a aussi le compatriote et ami de Léopold, Livitnoff, écrivain réfugié au Chili, auteur d'un seul roman mais encore retentissant dans certains esprits, justement intitulé "L'Histoire de l'amour". Tous deux ont aimé la même femme, Alma. Livitnoff aussi a vécu par procuration d'une certaine manière, vous saurez pourquoi à la lecture de ce roman...
Et puis il y a Alma, une adolescente de New York, qui vit seule avec sa mère et son frère. Alma est une jeune fille intelligente qui aime se poser des questions. Alma vient de perdre son père. C'est en parcourant les pages de son journal intime que le lecteur découvre que sa famille a bien du mal à combler le vide son absence. Sa mère, traductrice, se renferme sur elle-même et son frère, lui, semblerait s'être tourné vers un certain fanatisme religieux. Alma, afin de mieux connaître son père et aussi panser les blessures de sa famille, décide d'enquêter sur le livre préféré de celui-ci: "L'Histoire de l'amour". Son père avait adoré cette oeuvre. C'est donc dans un effort désespéré qu'Alma veut se rapprocher de lui. La littérature a-t-elle un pouvoir si conséquent sur les êtres, peut-elle de manière plus ou moins symbolique, être amenée à les rapprocher, les aider à mieux se comprendre? Nicole Krauss semble répondre par l'affirmative à cette question.
Ces 3 voix, ces 3 individus, ces 3 destins dont s'entrecouper, puis se confronter, comme pour mieux montrer que le temps et l'espace ne sont rien face au pouvoir de l'amour et du souvenir.
Ce livre, l'Histoire de l'amour (le livre dont il est question dans ce roman, et non pas ce roman à proprement parler) n'est pas fameux mais porte en lui le secret de plusieurs existences. Il est la clef du récit qui nous est conté.
Ce roman est d'abord pour moi un merveilleux hommage à l'amour filial, mais aussi une puissante déclaration d'amour au récit de mémoire, à la transmission et surtout, de manière plus générale, à la littérature et à l'écriture. Il fait aussi figure de touchante méditation sur les séquelles de l'Holocauste, sur les familles brisées, sur les liens humains. C'est un voyage littéraire sentimental assez inoubliable. La structure du roman n'est pas toujours simple à suivre et pourrait paraître artificielle à certains, mais le lecteur se doit d'aller au-delà de ces simples considérations formelles...

- "Quand l'heure est avancée et que la nuit tombe avant que je sois prêt pour des raisons que je ne saurais expliquer, c'est dans les poignets que je le sens. Et quand je me réveille et que mes doigts sont raides, il est presque certain que j'ai rêvé de mon enfance. Le pré où on jouait, où tout a été découvert et où tout était possible. [...] La raideur des doigts est le rêve de l'enfance tel qu'il m'a été rendu à la fin de ma vie. Je dois les mettre sous l'eau chaude, vapeur recouvrant le miroir, dehors, le bruissement des pigeons. Hier, j'ai vu un homme donner un coup de pied à un chien et je l'ai ressenti dans mes yeux. Je ne sais pas comment nommer cela, un endroit avant les larmes. La douleur de l'oubli : épine dorsale. La douleur du souvenir : épine dorsale. Toutes les fois où j'ai réalisé tout à coup que mes parents étaient morts, aujourd'hui encore, j'en suis toujours surpris, d'exister dans un monde tandis que ce qui m'a créé a cessé d'exister : mes genoux, il me faut un demi-tube de Ben-Gay et tout un cinéma ne serait-ce que pour les fléchir. A chaque chose sa saison, chaque fois que je me suis éveillé en faisant l'erreur de croire un instant que quelqu'un dormait à mes côtés : une hémorrhoïde. Solitude : il n'existe pas d'organe qui puisse l'accueillir en entier".

23.02.2007

Pensées secrètes - David Lodge

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Dans le cadre de la mythique université de Gloucester, deux personnages se sont engagés dans le jeu complexe de la séduction : Ralph Messenger, spécialiste des sciences cognitives, et Helen Reed, romancière fragilisée par son récent veuvage. A travers une succession d'événements et de retournements de situation, les personnages découvrent, avec brio, qu'on se trompe souvent sur soi et presque toujours sur les autres.

Mon tout premier roman de David Logde et certainement pas mon dernier! Ce roman est d'une rare habileté, aussi bien du point de vue de la construction du récit que de la psychologie des personnages. Comme son titre l'indique, l'auteur s'immerge dans la description de la conscience et du sub-conscient de ses personnages, Ralph et Helen plus particulièrement. Ralph est un universitaire admiré et très plébiscité, spécialiste des sciences cognitives et matérialiste au plus haut degré tandis qu'Helen est une romancière, amoureuse de la littérature, et de la peinture des sentiments que celle-ci peut lui offrir. Deux personnes plutôt différentes donc, dont les points de vue vont se heurter tout au long du récit. Mais au delà de leur divergences d'esprits, se formera entre eux une attirance réciproque qui finalement se révèlera le coeur du problème...
L'histoire est racontée par ces deux personnages en question, ce qui lui confère ainsi une richesse de tons absolument réjouissante. Ralph se confie à un dictaphone ultra-moderne afin de faire des recherches très poussées sur la conscience. Il nous raconte tout ce qui lui passe par la tête, aussi bien des choses triviales et ordinaires que des pensées qu'il ne souhaiterait pour rien au monde voir révélées à son entourage, et surtout pas à sa femme. Helen, elle, plus modeste dans son entreprise, remplit les pages de son journal. Elle nous fait vivre le déroulement de ses cours, ses rencontres et ses discussions passionnantes avec Ralph, sa vie sociale de manière plus générale. La majeure partie du récit est donc vue de manière tout à fait subjective. Pari difficile que celui de donner presque entièrement la parole à des personnages multi-dimensionels, profondément humains et crédibles, avec leurs peurs, joies, peines, secrets, troubles etc. sans jamais les contredire. Certains auteurs se seraient sans doute enlisé dans ce mode narratif complexe et contraignant mais ce n'est certainement pas le cas de David Lodge. En effet, celui-ci est un maître dans l'art de la psychologie littéraire. De plus, bien au-delà d'un simple récit d'une rencontre faite dans une université anglaise, l'auteur nous montre qu'il s'est documenté et intéressé à l'avancée de la recherche sur l'intelligence artificielle.
Un roman où le lecteur se surprendrait presque à regarder par le trou de la serrure tant il semble se plonger avec facilité dans l'esprit et les sentiments de personnages plus vrais que nature...
Très habilement construit et écrit mais sans rebondissements à proprement parler, ce roman de David Lodge fait avant tout figure d'un exercice difficile accompli :)
Ces pensées secrètes, bien évidemment pas toujours avouables, sont un régal.

21.02.2007

99 francs - Frédéric Beigbeder

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Présentation: En ce temps-là, on mettait des photographies géantes de produits sur les murs, les arrêts d'autobus, les maisons, le sol, les taxis, les camions, la façade des immeubles en cours de ravalement, les meubles, les ascenseurs, les distributeurs de billets, dans toutes les rues et même à la campagne. La vie était envahie par des soutiens-gorge, des surgelés, des shampoings antipelliculaires et des rasoirs triple-lame. L'oeil humain n'avait jamais été autant sollicité de toute son histoire : on avait calculé qu'entre sa naissance et l'âge de 18 ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. Il avait fallu deux mille ans pour en arriver là...

99 francs est un roman extrêmement moderne, qui bascule entre réalisme et absurde. Oui, après la lecture de ce roman, c'est bel et bien le mot "absurde" qui me vient à l'esprit. Nous sommes plongés dans l'univers impitoyable de la publicité, grâce au narrateur et personnage principal, Octave, homme désilusionné, au cynisme implacable. Celui-ci nous ouvre les portes d'un monde qu'il qualifie bien volontiers de sordide, et qui est finalement le moteur de ce qu'il appelle "la Troisième guerre mondiale", celle qui encerre et contrôle les individus, qui les lobotomise même. Car la publicité est de la propagande avant tout... Mais Octave, aussi désabusé et malheureux qu'il peut-être, reste conscient qu'il est tout de même un des rouages de la machine. Il compte se faire licencier de son poste de publiciste et prépare un livre dénonciateur du système. Néanmoins, et sans doute bien malgré lui, son gagne-pain devient un mal qui le ronge et le déshumanise. Octave sent sa vie lui échapper, plus d'amour. Il s'abandonne à la coke, au sexe, à la fausse morale et fait du cynisme et de l'effronterie ses armes pour affronter le monde dans lequel il essait tant bien que mal d'exister.
Ce roman de Frédéric Beigbeder, plus qu'une critique acerbe et tranchante du matérialisme, mêlé à l'oisiveté et à la névrose, et de l'obscénité qui en découle, est un récit brillant fait par un personnage irrévérencieux, qui a perdu toute pudeur psychologique et physique. Cet homme est d'une sincérité troublante, à l'image de sa volonté de déshabiller les apparences et de montrer à quel point la publicité a un pouvoir dévastateur, voire destructeur. Les intercalages de pages publicitaires entre chaque partie du livre sont édifiants et soulignent à quel point la publicité a un rôle important dans notre vie et s'est inscrit dans notre sub-conscient.

Même si je suis loin d'affectionner ce genre de littérature, je dois bien admettre qu'on se laisse porter assez facilement par ce récit et que certaines phrases, imbibées d'humour cynique et immoral, sont plutôt bien trouvées:
"L'euro a été inventé pour rendre le salaire des riches six fois moins indécent"
« Connaissez-vous la différence entre les riches et les pauvres ? Les pauvres vendent de la drogue pour s’acheter des Nike alors que les riches vendent des Nike pour s’acheter de la drogue. »
« Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas. »
« Chez Procter, on a un dicton: " Ne prenez jamais les gens pour des cons mais n'oubliez jamais qu'ils le sont." »


Un autre extrait, assez représentatif du reste du roman:
"Idéalement en démocratie, on devrait avoir envie d'utiliser le formidable pouvoir de la communication pour faire bouger les mentalités au lieu de les écrabouiller. Cela n'arrive jamais car les personnes qui disposent de ce pouvoir préfèrent ne prendre aucun risque. Les annonceurs veulent du prémâché, prétesté, ils ne veulent pas faire fonctionner votre cerveau, ils veulent vous transformer en moutons, je ne plaisante pas, vous verrez qu'un jour ils vous tatoueront un code-barre sur le poignet. Ils savent que votre seul pouvoir réside dans votre carte bleue. Ils ont besoin de vous empêcher de choisir. Il faut qu'ils transforment vos actes gratuits en actes d'achat".
Si vous avez besoin d'une lecture relaxante et légère, je ne peux que vous déconseiller ce roman. Celui-ci n'est pas à mettre dans toutes les bibliothèques (pour ma part, il ne restera pas longtemps dans la mienne puisque je l'ai emprunté). C'est un roman qui donne la nausée, tant le cynisme éhonté du personnage principal et la perfidie du monde qu'il représente laissent un sentiment de malaise... Décidément pas mon genre de livres, mais je suis ravie de m'être laissée pousser par ma curiosité, j'aime découvrir d'autres littératures.

20.02.2007

un peu de publicité...

Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire de la pub pour un forum que je visite assez assidûment: The Inn at Lambton (celles et ceux qui ont lu "Orgueil & Préjugés" de Jane Austen savent sans doute à quoi ce titre réfère :) ).
C'est un forum très convivial, où les conversations intéressantes vont bon train. Si vous affectionnez tout comme moi la littérature anglaise (Jane Austen bien sûr mais aussi les soeurs Brontë, Charles Dickens, Thomas Hardy et bien d'autres, même les contemporains) ou souhaitez la découvrir, n'hésitez pas à vous y inscrire! Vous ne serez pas déçus! J'ai moi-même fait la "connaissance" de nouveaux auteurs et découvert des oeuvres que j'ai beaucoup aimé. On y parle également des différentes adaptations télévisuelles et cinématographiques de ces oeuvres en question, de musique, des oeuvres du grand et du petit écran de manière plus générale et de bien d'autres choses encore...

Venez-nous rejoindre!

19.02.2007

ma Pile de Livres A Lire mise à jour:

en littérature anglosaxone:
Jane Austen, passions discrètes par Claire Tomalin (biographie)
L'amulette de Samarcande de Jonathan Stroud (1er volet de la trilogie de Bartiméus)
Northanger Abbey de Jane Austen
Hello Plum!, autobiographie de PG Wodehouse

De grandes espérances de Charles Dickens
Le Tour d'écrou de Henry James
Bienvenue à Gus-land de Louise Rennison (tome 7 du journal intime de Georgia Nicolson)
L'histoire de l'amour de Nicole Krauss
Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer
Garden Party de Katherine Mansfield (recommandé par JK Rowling! )
Le treizième comte de Diane Setterfield
Maurice de EM Forster
Du bout des doigts de Sarah Waters
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
Sanditon de Jane Austen
Mansfield Park de Jane Austen

en littérature française
Séraphine de Marie Desplechin
Sans moi de Marie Desplechin
99 francs de Frédéric Beigbeder
Oscar et la dame rose d'Eric-Emmanuel Schmitt
Ni toi ni moi de Camille Laurens
Les autres d'Alice Ferney
Du rêve pour les oufs de Faïza Guène
Vive la république! de Marie-Aude Murail

autres:
La Confusion des sentiments de Stephan Zweig
Marie-Antoinette de Stephan Zweig

bandes dessinées:
BLANKETS, manteau de neige de Craig Thompson
L'Immeuble d'en Face volume 2 de Vanyda


(titres en gras: déjà lus)

Des commentaires? Des suggestions? :D

Northanger Abbey de Jane Austen

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4ème de couverture: Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austenien du mariage et très moderne du "double jeu".

"Northanger Abbey" est le dernier roman en date de Jane Austen que j'ai lu... Après celui-ci, il me restera "Mansfield Park", son roman inachevé "Sanditon" et quelques oeuvres de jeunesse. Je dois dire que cela m'attriste un peu...
"Northanger Abbey", roman paru à titre posthume, n'est pas le plus connu de Jane ni le plus apprécié, en règle générale du moins. Néanmoins, je suis tombée complètement sous son charme. Le style et le ton employés par Jane sont quelque peu différents de ceux de ses précédentes oeuvres. Il est pour moi son roman le plus caustique.
Tout d'abord, l'auteur se moque assez doucement et affectueusement de sa jeune héroïne, Catherine Morland (alors âgée de 19 ans). Catherine n'a, à proprement parler rien d'une héroïne de romans, et c'est justement cela le plus drôle. Elle est très naïve, a fâcheuse tendance à accorder sa confiance trop facilement, manque totalement d'expérience et est dôtée d'une imagination que je qualifierais sans doute d'un peu excessive. Catherine est une lectrice assidue de romans gothiques (très prisés à l'époque et dont Jane Austen souhaite ici sans le moindre doute rendre un brillant et amusant hommage). Le goût de la lecture est donc un des thèmes prédominants de cette oeuvre. Jane Austen, grâce à son ton pince-sans-rire qu'on lui connaît bien, parvient à faire de "Northanger Abbey", un croisement passionnant entre la peinture des moeurs (notamment celle de la société de Bath), le roman sentimental, et le pastiche des romans gothiques d'époque (on pense notamment au fabuleux "Les mystères d'Udolphe" d'Ann Radcliffe, justement très admirée par elle).
Certains personnages sont amusants d'espièglerie (comme le charismatique Mr Tilney, un des meilleurs gentlemen de la littérature austenienne selon moi), d'autres d'imbécilité (J.A nous livre encore une fois une galerie de personnages dont elle se plaît à se moquer en usant de son habituelle verve ironique).
Pas le meilleur roman de Miss Austen mais tout de même un exercice de style réjouissant doublé d'un récit absolument charmant. Un régal dont il serait dommage de se priver, en particulier si vous aimez la littérature anglaise d'époque et Jane Austen en particulier :)

17.02.2007

"Le treizième conte" de Diane Setterfield

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Je voudrais vous faire part de l'un de mes tout derniers coups de coeurs littéraires : le roman "Le treizième conte" de la britannique Diane Setterfield (sorti récemment en traduction française).

Ce roman pourrait presque être considéré comme un hommage à la littérature anglaise du 18 et 19ème siècle tant il utilise des ressorts qui la caractérisent. C'est un roman abondant, riche, extrêmement bien écrit, empreint de mystère et de mélancolie. Il est aussi un extraordinaire hommage à la littérature gothique et à l'amour des livres. Les références littéraires anglaises sont très nombreuses (Jane Eyre tout particulièrement mais aussi La Dame en Blanc ou les Hauts de Hurlevent).
C'est un roman écrit au 21ème siècle mais qui s'inscrit indéniablement dans une certaine tradition littéraire anglaise d'époque.
Apparences trompeuses, apparitions mystérieuses, psychose, souvenirs d'un passé douloureux et lourd de secrets, enquête menée par une anti-héroïne (plus habituée aux rayons de sa bibliothèque qu'à une recherche sur le terrain), questionnement intérieur, troubles de l'esprit: tous des éléments qui s'inspirent d'une littérature que j'aime énormément^^


Le synopsis:
Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire ; et elle ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité. Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

On se plonge avec délice dans ce récit, à tel point qu'on a du mal à le poser. On a tout de suite envie d'en savoir plus sur ce mystérieux auteur à succès qui a sû garder sa vie et sa véritable identité secrètes alors que ses oeuvres sont toutes des best-sellers...
Les personnages sont tous très bien construits, à commencer par Margaret, notre héroïne et narratrice, qui n'a tout d'abord rien d'une héroïne ou d'une enquétrice, à proprement parler... Vida Winter est une femme déroutante qu'on a tout de suite très envie de pouvoir cerner, tout comme Margaret d'ailleurs.
Il y aussi des personnages plus secondaires, tel que cet admirable docteur Clifton qui prescrit à Margaret 10 lignes par jour pendant 10 jours d'un roman d'aventures après que celle-ci soit tombée dans un état de langueur et de dépression^^
Et puis, il y également les habitants du manoir d'Angelfield, qui reviennent àa la vie grâce au talent de conteur de Vida et à la plume de Margaret.

Vida nous raconte donc l'histoire du mystérieux et ténébreux manoir d'Angelfield, où certains évènements troublants se sont passés et où la folie a marqué les membres de la famille à tel point qu'on le dit hanté...
"Le treizième conte" est un roman troublant, prenant, que la romancière Kate Moses a qualifié de : "Simplement brillant. Je n'ai jamais éprouvé autant de bonheur à la lecture d'un premier roman, et ce depuis une éternité"...
Dans cette histoire, on passe de la réalité à la magie, du rationnalisme au surnaturel, du présent au passé... Les intrigues des romans préférés de Margaret semblent aussi se refléter dans celle qu'elle est en train de vivre/suivre. On y retrouve des échos.
"Le treizième conte" est donc un roman plein de charme, à l'ambiance un peu surannée, au style élégant. C'est aussi très très romancé, pour moi c'est une qualité car le grand enthousiasme de l'auteur ne peut que provoquer celui du lecteur...

J'espère que la longueur de ce post ne vous a pas rebuté et qu'il vous a donné envie, à vous aussi, de découvrir le 1er roman de Diane Setterfield, un auteur à suivre...

le magnifique site officiel du livre: http://www.thethirteenthtale.com

merci à Clarabel, Allie et Cuné qui m'ont donné envie, grâce à leur critique, d'ouvrir cet admirable roman :)

Le dernier roi d'Ecosse

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Jeune médecin écossais tout juste diplômé, Nicholas Garrigan débarque en Ouganda en quête d'aventure et décidé à venir en aide à la population.
Peu après son arrivée, il est appelé sur les lieux d'un accident : le nouveau leader du pays, Idi Amin Dada, a percuté une vache avec sa Maserati. La façon dont Garrigan maîtrise la situation, son calme et sa franchise surprennent Amin Dada. Fasciné par l'Histoire et la culture écossaise, il trouve le jeune homme sympathique et lui propose de devenir son médecin personnel.
Séduit par le charisme du chef de l'Etat, le jeune médecin rejoint le cercle présidentiel au sein duquel il mène grand train. Bombardé confident du dictateur, piégé au coeur de la mégalomanie meurtrière d'Amin Dada, Garrigan, témoin d'enlèvements et d'assassinats, devient malgré lui peu à peu complice d'un des plus terrifiants régimes africains du XXème siècle.



Hier après-midi, je suis allée voir Le Dernier Roi d'Ecosse. Je vous le conseille vivement, c'est un film puissant, très bien réalisé. Forest Whitaker est absolument effrayant dans ce rôle et surtout extraordinairement imposant. Il faut le voir pour le croire! Et James Mc Avoy est époustouflant, ni plus ni moins. C'est le parcours de son personnage que l'on suit, bien plus que celui du dictateur ougandais, finalement. Après avoir vu cette magnifique prestation (et son rôle est très important, on le voit même plus que F.W c'est dire!), je suis décidément sous le charme de son talent. Je suivrai son travail de près à partir de maintenant! Quel honte qu'il ne soit pas nominé aux oscars pour un second rôle (bien qu'après avoir vu ce film, on remarque à quel point son personnage est bien plus que secondaire)! Je suis ravie qu'il ait été choisi pour jouer le Tom Lefroy de Jane Austen dans "Becoming Jane"^^
J'espère que vous irez voir "Le dernier roi d'Ecosse" car j'attends de recueillir vos impressions avec impatience. J'ai été soufflée par ce film, et instantanément immergée dans l'histoire, du début à la fin, sans temps morts (et le film dure quand même plus de 2h!). Mais attention tout de mêmes aux âmes sensibles, ce film contient quelques scènes très très violentes voire insoutenables...
Mais il reste un des meilleurs films sur la psychose dictatoriale, chapeau!

09.02.2007

Sans moi - Marie Desplechin

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"Jeune baby-sitter paumée cherche mère de famille divorcée"

Présentation:
Sans moi décrit une rencontre entre deux femmes. L'une, la narratrice, est divorcée, elle assume ses deux enfants. Elle travaille en free lance pour une agence de communication, se qualifie de " nègre de nègre " et joint péniblement les deux bouts. De loin, elle a l'air solide, parfaitement équilibrée ; sa solitude lui fait pourtant vivre des hauts et des bas. Chez elle débarque Olivia, une baby sitter de vingt ans éprouvée par la vie, une nouvelle source d'angoisses. Enfant de la Ddass, fugueuse, fille des rues, droguée, etc. elle déborde d'une vitalité salvatrice malgré un passé presque caricatural. C'est l'histoire d'une amitié qui se noue patiemment, par étapes entre ces deux héroïnes, des femmes bien d'aujourd'hui.



Je connais Marie Desplechin pour ses écrits de littérature de jeunesse. J'avais adoré "Verte" il y a quelques années et depuis peu, j'ai découvert un autre de ses romans pour enfants, "Satin Grenadine" (critiqué ici bientôt), tout aussi enchanteur. J'avais donc envie de me plonger dans ses récits plus adultes, j'ai choisi "Sans moi".
Le ton de Marie Desplechin est le même, douceâtre et ironique, sincère et vivant. Ici, nous avons affaire à une histoire très contemporaine, celui d'une amitié entre deux femmes: Anne, une mère de deux enfants divorcée, écrivain freelance à ses heures et déprimée la plupart du temps, et Olivia, la vingtaine, enfant de la DDASS, meurtrie par la vie et les autres, ex-toxicomane en mal d'amour, au passé tumultueux chargé de secrets et de douleurs. Toutes deux se trouveront et s'aideront mutuellement.
"Sans moi" est d'abord un formidable portrait de femmes. Olivia est un personnage blessé, fort à l'extérieur mais fragile à l'intérieur, trop souvent malmenée, violée pendant son enfance, rejetée par sa soeur aînée, et au centre d'un cycle infernal, celui de la drogue, de la prostitution, du vol. Olivia a été exploitée toute sa vie. Anne décide de lui offrir un toit, un travail, l'amour inconditionnel de ses enfants et aussi le sien. Entre ces deux femmes qui n'étaient pas forcément faites pour se rencontrer, se lie une amitié profonde, pleine de pudeur, où les gestes d'affection sont rares mais où la compréhension, le soutien, et la complicité seront eux, bien réels.
Au fur et à mesure de notre lecture, Olivia se livrera à Anne (et inversement parfois) mais l'auteur semble aussi vouloir privilégier l'aura de mystère qui entoure ce personnage de jeune femme. Un roman sans concession, qui nous montre que les apparences sont souvent illusoires, où la personne qui est à la dérive n'est pas forcément celle que l'on croit, où chacun est susceptible d'aider l'autre. Le style de Marie Desplechin est assez particulier dans ce roman. Ici pas de tiret avant chaque intervention d'un personnage. Les dialogues se confondent avec la narration, ce qui confère au récit une fluidité agréable et distinguée. Un roman qui se fait le porte-parole du quotidien, du questionnement intérieur, de la confrontation entre les individus et surtout, du respect et de l'acceptation de l'autre. L'auteur nous parle de choses courantes tout en adoptant un style d'écriture collant à l'abstrait et à l'affectivité. Un roman d'une grande sensibilité.

si vous voulez un extrait, faites-moi signe ;)

08.02.2007

Jane Austen, passions discrètes - Claire Tomalin

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extrait:
"A l'enfant, pour qui les livres étaient un refuge. A la petite fille que son imagination entraînait dans des directions surprenantes à mesure qu'elle se découvrait le pouvoir de raconter des histoires. A la jeune fille énergique qui aimait danser et plaisanter ; qui rêvait d'un mari et s'exerçait à écrire des romans de toute la force de son intelligence. A la jeune personne de vingt-cinq ans qui jugea qu'elle n'aimait pas les gens et qu'elle ne pouvait plus écrire ; qui fut tentée de faire un mariage rassurant et sans amour et en repoussa la tentation. A la femme qui donnait son amitié aux gouvernantes et aux domestiques. A l'auteur publié, rayonnant de sa réussite et de la maîtrise de son art. A la mourante qui a affronté la mort avec courage et continua à écrire jusqu'à ses derniers instants. La Jane Austen que je préfère est celle qui se rit des opinions du monde. C'est une chance qu'elle ait une telle faculté de rire."

Ceci est la première biographie que je lis de mon auteur préféré et même, je crois, ma première biographie tout court. Privilégiant bien davantage le genre de la fiction, j'avoue ne pas m'être souvent intéressée au genre biographique, lacune à laquelle je me dois de maintenant remédier. Cette biographie en question m'a été conseillée par bon nombre d'autres afficionnados de la romancière anglaise. Je me suis donc dit qu'elle me ferait une parfaite entrée en matière dans ce genre littéraire. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue le moins du monde! Tout d'abord, il faut savoir que Jane reste encore une femme bien mystérieuse dont la vie, sentimentale en particulier, ne nous paraît, au premier abord en tous cas, pas très exaltante. Mais comme l'écrivait si bien Virginia Woolf, "Aucune histoire romanesque, aucune aventure, intrigue politique ou amoureuse n'était de taille à rivaliser avec la vie dans l'escalier d'une maison de campagne»...
Malgré le peu de sources existantes à son sujet, on ne peut que clairement constater que C.Tomalin a abattu une somme de travail de recherches pour le moins impressionnant! On apprend qui étaient les membres de la famille de Jane, ce qu'ils représentaient et qu'elle était aussi la place de la jeune femme dans un univers social et familial pas toujours facile.
Claire Tomalin a su exploiter le peu de choses qu'on sait de Jane de manière assez pertinente. Elle parvient également à restituer le cadre historique dans lequel Jane et son entourage évoluent.
A la lecture de ses pages, on se fait de Jane une image plus précise, on apprend quels étaient ses principaux traits de caractère, ainsi que ses ambitions personnelles et littéraires.
Jane semblait être une femme ordinaire mais son esprit, dès son plus jeune âge, se trouvait déjà être en ébullition.
Elle se met à défendre le roman, à lui donner une nouvelle dimension, en utilisant la satire avec un style d'une élégance rarement comparable. Sa peinture des moeurs et de sentiments est remarquable, ses récits font toujours figure d'oeuvres aux portraits vivants et brillants encore largement admirées et plébiscitées à notre époque.
Claire Tomalin s'appuie essentiellement sur les renseignements receillis au sujet du proche entourage de Jane ainsi que de la relative petite quantité de correspondance restante. Elle donne aussi la parole à d'autres critiques et auteurs, parfois même presque contemporains de Jane.
La biographe fait aussi bien entendu allusion à l'amour unique et malheureux de Jane: Thomas Lefroy, qui a sans doute plongé Jane dans une nouvelle inspiration littéraire.
En bref, il s'agit là d'une mine d'infos, d'une étude assez concentrée de l'auteur et de son milieu social, ainsi bien entendu de ses romans. J'ai trouvé ses analyses fortement intéressantes si ce n'est que je me suis parfois trouvée en désaccord avec certaines de ses opinions. Ainsi, je pense sincèrement que Marianne Dashwood (Raison & Sentiments) a fait un mariage d'amour et non de résignation avec le colonel Brandon, et qu'Elizabeth Bennet (Orgueil & Préjugés) était bel et bien attirée par Wickham mais n'en était pas amoureuse...
Mais cette biographie étant particulièrement enrichissante et assummant sa dimension critique, je lui concède bien volontiers ces petites prises de risques quant à l'opinion que son auteur se fait de certains romans de Jane. Il est aussi intéressant de remarquer que l'auteur semble bel et bien vouloir faire l'éloge de "Mansfield Park", alors qu'il s'agit sans doute du moins apprécié des romans de Jane Austen en règle générale...
Une oeuvre biographique très intéressante qui parvient à nous restituer le talent littéraire d'une femme qui finalement, n'était pas conventionnelle...

"Si on examine la perspicacité et la satire tranquille dont elle fait preuve dans ses histoires, on découvrira un sens beaucoup plus aigu de la désillusion que du bonheur comblé. Parfois, on y trouve plus que de la désillusion".

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