17.04.2007
Expiation - Ian McEwan
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Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.
Mon avis: "Expiation" est un roman intense, vertigineux, au travail d'écriture dense et fiévreux. L'histoire de ce roman débute à la manière des romans anglais du 18ème ou 19ème siècle (on notera d'ailleurs une citation préalable de "Northanger Abbey" de Jane Austen, pleine de significations), dans une langue si ce n'est désuète, en tous cas très délicate. Le style de Ian McEwan, rappelle (selon certains) celui de la romancière Virginia Woolf. la perception de Ian McEwan est extraordinairement aigüe. Il sait décrire les ressors de l'âme et de la conscience humaine brillamment, nous plonger dans le monde intérieur de ses personnages de manière enlevée. Les personnages sont si bien tracés qu'ils palpitent de vie sous nos yeux, traversent le papier et viennent nous hanter. "Expiation" doit être tout d'abord vu comme un roman follement romanesque, où son auteur se fait un plaisir d'user de mises en abîmes, des clins d'oeil littéraires et montre également la puissance du pouvoir de l'imagination, qui peut se faire destructeur. Les descriptions (tellement étoffées qu'ellles peuvent paraître parfois un peu lourdes, surtout au début - ceci sera ma seule et unique récrimination^^) sont imagées, symboliques, chatoyantes, poétiques. Le lecteur est immergé du début à la fin dans ce drame -familial qui a finalement quelque chose d'universel et de métaphorique. L'histoire d'amour est aussi très belle, et comme magnifiée par la tragédie et la passion.
Le roman, divisé en quatre parties, nous conte l'histoire d'un drame familial mais aussi intimiste, d'une passion amoureuse, d'un trouble psychologique et d'une erreur d'enfance qui sacrifiera l'existence de plusieurs individus.
Ce récit se passe pendant la seconde guerre mondiale. L'auteur ne souhaite pas nous épargner certains épisodes sanglants, comme pour montrer que le drame qui se joue au sein de cette famille n'est finalement qu'inscrite dans une tragédie universelle bien plus grande. L'épisode dans les hôpitaux militaires sont aussi émouvants que réalistes.
Le style d'Ian Mc Ewan respire la sensualité, le désespoir amoureux, la culpabilité, la passion, la souffrance intérieure. Sous la plume de cet auteur, tout un univers intérieur et sensoriel est restitué. "Expiation" est un roman fleuve, à la construction si habile qu'il en paraît parfois un peu vertigineux et impétueux. On ne peut sortir indemne d'une telle lecture. L'épilogue, en particulier, est foudroyant!
J'ai été volontairement assez vague dans mon compte-rendu, de manière à ne pas vous livrer l'essentiel de l'intrigue. En effet, dans tous romans romanesques, celle-ci est si bien ficelée et prenante, qu'il serait absolument dommage de la dévoiler...
Anecdote: L'écrivain déclare, dans un entretien pour Lire (Septembre 2003) : 'J'ai toujours voulu écrire un roman qui rappellerait Jane Austen. [... ] Je ne m'étais jamais mis dans la peau d'une femme et j'ai appelé à la rescousse les fantômes de Virginia Woolf et d'Elizabeth Bowen ! '
deux extraits:
"Elle ne se serait jamais consolée d'avoir subi des pressions ou de s'être fait bousculer. Ce ne fut jamais le cas. Elle se piégea elle-même, elle s'avança dans le labyrinthe de ses propres constructions, étant trop jeune, trop timorée, trop désireuse de bien faire, pour imposer qu'on la laissât faire son propre retour en arrière. Elle n'était pas dotée d'une telle indépendance d'esprit ni d'un âge suffisant. Une imposante assistante s'était massée autour de ses premières certitudes, et, à présent qu'elle attendait, Briony ne pouvait la décevoir devant l'autel. Ses doutes ne pouvaient être neutralisés qu'en s'enfonçant plus avant. En s'accordant étroitement à ce qu'elle croyait savoir, en resserrant ses pensées, en réaffirmant son témoignage, elle pouvait ainsi écarter de son esprit le mal qu'elle n'avait qu'obscurément l'impression de faire. Lorsque l'affaire fut close, lorsque le jugement fu prononcé et l'assistance dispersée, un oubli juvénile er impitoyable, une volonté d'effacement la protégèrent bien avant dans son adolescence"
"Certaines lettres - les siennes et celles de Cecilia - étaient confisquées en raison de quelque expression timide de leur affection. Si bien qu'ils se parlaient de littérature, et utilisaient certains personnages en guise de code. A Cambridge, ils s'étaient croisés dans la rue. Ils ne s'étaient jamais rencontrés pour débattre de tous ces livres, de tous ces couples heureux ou tragiques! Tristan et Iseult, le duc Orsino et Olivia (et aussi Malvolio), Troïlus et Cressida, Mr Knightley egt Emma, Vénus et Adonis, Turner et Tallis. "
Et enfin, voici la bande-annonce de l'adaptation cinématographique, signée Joe Wright (le réalisateur d'"Orgueil & Préjugés" 2006), avec Keira Knightley (que je n'apprécie pas tant que ça), James McAvoy (que j'adore), Romola Garai (que j'aime beaucoup):
11:20 Publié dans Littérature anglophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note


Commentaires
La bande-annonce m'a l'air d'annoncer un film très fidèle au livre. Je ne reviens pas sur ce que j'avais déjà dit : première partie ( celle durant l'été ) vraiment parfaite mais j'ai trouvé que le reste du bouquin était loin d'être aussi bon. Très belle critique, Emjy :)
Écrit par : Sibylle | 17.04.2007
merci :)
c'est bizarre, moi j'ai beaucoup aimé les 3 dernières parties (celles centrées sur Robbie puis sur Briony). La première m'a parût plus lente et plus lourde, même si elle qui annonce le drame...
Oui, le film a l'air bien
Écrit par : Emjy | 17.04.2007
C'est un roman que je n'ai pas encore lu !... J'aime beaucoup la bande-annonce (et la robe verte de Keira Knightley) .. ça promet ! :))
Écrit par : clarabel | 17.04.2007
Zut j'ai oublié un truc : si je comprends les références à Virginia , la supposée affiliation de l'auteur avec Jane me laisse franchement dubitative. A aucun moment je n'ai pensé à elle en lisant Atonement.
Écrit par : Sibylle | 17.04.2007
Ton article + la bande-annonce me donne vraiment envie de lire et voir "expiation" !
Écrit par : Florinette | 17.04.2007
Ta critique me donne vraiment envie!
Écrit par : fashion victim | 17.04.2007
J'avais bien aimé "Délire d'amour" du même auteur. "Expiation" est dans ma LAL, et ta critique me donne vraiment envie de m'y plonger.
Écrit par : Caroline | 19.04.2007
J'ai la sensation que le film sera fidèle au livre.
Écrit par : mab | 12.06.2007
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