08.02.2007

Jane Austen, passions discrètes - Claire Tomalin

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extrait:
"A l'enfant, pour qui les livres étaient un refuge. A la petite fille que son imagination entraînait dans des directions surprenantes à mesure qu'elle se découvrait le pouvoir de raconter des histoires. A la jeune fille énergique qui aimait danser et plaisanter ; qui rêvait d'un mari et s'exerçait à écrire des romans de toute la force de son intelligence. A la jeune personne de vingt-cinq ans qui jugea qu'elle n'aimait pas les gens et qu'elle ne pouvait plus écrire ; qui fut tentée de faire un mariage rassurant et sans amour et en repoussa la tentation. A la femme qui donnait son amitié aux gouvernantes et aux domestiques. A l'auteur publié, rayonnant de sa réussite et de la maîtrise de son art. A la mourante qui a affronté la mort avec courage et continua à écrire jusqu'à ses derniers instants. La Jane Austen que je préfère est celle qui se rit des opinions du monde. C'est une chance qu'elle ait une telle faculté de rire."

Ceci est la première biographie que je lis de mon auteur préféré et même, je crois, ma première biographie tout court. Privilégiant bien davantage le genre de la fiction, j'avoue ne pas m'être souvent intéressée au genre biographique, lacune à laquelle je me dois de maintenant remédier. Cette biographie en question m'a été conseillée par bon nombre d'autres afficionnados de la romancière anglaise. Je me suis donc dit qu'elle me ferait une parfaite entrée en matière dans ce genre littéraire. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue le moins du monde! Tout d'abord, il faut savoir que Jane reste encore une femme bien mystérieuse dont la vie, sentimentale en particulier, ne nous paraît, au premier abord en tous cas, pas très exaltante. Mais comme l'écrivait si bien Virginia Woolf, "Aucune histoire romanesque, aucune aventure, intrigue politique ou amoureuse n'était de taille à rivaliser avec la vie dans l'escalier d'une maison de campagne»...
Malgré le peu de sources existantes à son sujet, on ne peut que clairement constater que C.Tomalin a abattu une somme de travail de recherches pour le moins impressionnant! On apprend qui étaient les membres de la famille de Jane, ce qu'ils représentaient et qu'elle était aussi la place de la jeune femme dans un univers social et familial pas toujours facile.
Claire Tomalin a su exploiter le peu de choses qu'on sait de Jane de manière assez pertinente. Elle parvient également à restituer le cadre historique dans lequel Jane et son entourage évoluent.
A la lecture de ses pages, on se fait de Jane une image plus précise, on apprend quels étaient ses principaux traits de caractère, ainsi que ses ambitions personnelles et littéraires.
Jane semblait être une femme ordinaire mais son esprit, dès son plus jeune âge, se trouvait déjà être en ébullition.
Elle se met à défendre le roman, à lui donner une nouvelle dimension, en utilisant la satire avec un style d'une élégance rarement comparable. Sa peinture des moeurs et de sentiments est remarquable, ses récits font toujours figure d'oeuvres aux portraits vivants et brillants encore largement admirées et plébiscitées à notre époque.
Claire Tomalin s'appuie essentiellement sur les renseignements receillis au sujet du proche entourage de Jane ainsi que de la relative petite quantité de correspondance restante. Elle donne aussi la parole à d'autres critiques et auteurs, parfois même presque contemporains de Jane.
La biographe fait aussi bien entendu allusion à l'amour unique et malheureux de Jane: Thomas Lefroy, qui a sans doute plongé Jane dans une nouvelle inspiration littéraire.
En bref, il s'agit là d'une mine d'infos, d'une étude assez concentrée de l'auteur et de son milieu social, ainsi bien entendu de ses romans. J'ai trouvé ses analyses fortement intéressantes si ce n'est que je me suis parfois trouvée en désaccord avec certaines de ses opinions. Ainsi, je pense sincèrement que Marianne Dashwood (Raison & Sentiments) a fait un mariage d'amour et non de résignation avec le colonel Brandon, et qu'Elizabeth Bennet (Orgueil & Préjugés) était bel et bien attirée par Wickham mais n'en était pas amoureuse...
Mais cette biographie étant particulièrement enrichissante et assummant sa dimension critique, je lui concède bien volontiers ces petites prises de risques quant à l'opinion que son auteur se fait de certains romans de Jane. Il est aussi intéressant de remarquer que l'auteur semble bel et bien vouloir faire l'éloge de "Mansfield Park", alors qu'il s'agit sans doute du moins apprécié des romans de Jane Austen en règle générale...
Une oeuvre biographique très intéressante qui parvient à nous restituer le talent littéraire d'une femme qui finalement, n'était pas conventionnelle...

"Si on examine la perspicacité et la satire tranquille dont elle fait preuve dans ses histoires, on découvrira un sens beaucoup plus aigu de la désillusion que du bonheur comblé. Parfois, on y trouve plus que de la désillusion".