02.07.2007

La Fenêtre Panoramique de Richard Yates

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Présentation de l'éditeur
April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.

Une petite question avant de commencer : vous est-il déjà arrivé de décider de lire un livre sous prétexte qu'il sera bientôt adapté au cinéma (et qui plus est avec 2 de vos acteurs préférés, soit Kate Winslet et Léonardo Di Caprio, que j'admire bien indépendemment de "Titanic"...)? Moi oui, je l'avoue...
C'est donc la curiosité qui m'a poussée à lire ce roman, dans l'optique d'une adaptation en cours de tournage, signée Sam Mendes et qui marquera donc les retrouvailles des excellents Winslet et DiCaprio dans les deux rôles principaux!
Ce roman est un des plus marquants de la littérature américaine du XXème siècle et pour cause, elle nous dépeint une certaine classe moyenne, la vie d'être humains banale et étriquée avec une profondeur et une liberté de ton assez déconcertantes. L'auteur nous parle donc du commun des mortels. April et Frank Wheeler sont mariés, ont deux enfants et vivent dans un quartier résidentiel sans histoires de la banlieue new-yorkaise. On les croirait comme tout le monde, supérieurs en rien à leurs voisins, menant une existence où le quotidien ne semble réserver aucune surprise particulière. Mais au final, il n'en est rien. A travers cette fenêtre panoramique, on entre dans le quotidien de ce couple, qui s'aime mais aussi se déchire. Les disputes sont passionnées mais violentes, comme si elles étaient l'unique moyen pour eux de se sentir vivre et de s'exprimer dans un monde qui ne leur suffit pas. April et Frank se ressemblent, ils font tous deux figure d'anti-héros, aux prises malgré eux avec cet univers petit-bourgeois et creux qui les encerre et les étouffe. Ils cherchent ensemble désespéremment le moyen de contrecarrer un sort qui semble malheureusement bien établi. Ces deux personnages ressentent tout à fleur de peau et traversent une crise existentielle qui semble complètement dépasser leurs voisins, même ceux qu'ils croyaient être leurs amis.
Ce roman a été écrit sur les ruines du rêve américain, au réveil d'un cauchemard, celui de la désillusion. Sous l'apparence d'un style simple et d'un ton réaliste, l'auteur fait néanmoins souvent preuve de génie. Son talent de mise en scène, de peinture des sentiments et émotions exacerbées est absolument indéniable. Son récit s'insrit dans une gravité mêlée à une certaine gaîtée ironique. Richard Yates est un écrivain au style empressé, jamais un mot de trop. Le lecteur est donc happé dès le début dans la roman, grâce à l'immense force évocatrice de son auteur.
Après la lecture de ce roman, on a envie de savoir ce qui a poussé ces personnages vers le drame, de se donner les moyens de percevoir ce que le vide existentiel peut signifier pour certaines personnes dont la sensibilité ne peut que se heurter à l'étroitesse de la société humaine. Un roman qu'on ne doit pas lire déprimé mais qui se révèle bien toutefois être une oeuvre pleine de significations. Un livre qui sû faire voler en éclats les tabous de l'Amérique. Ecrit au tout début des années 60, il n'en est pas moins toujours d'actualité...
De plus, il est intéressant de noter que la découverte du manuscrit s'inscrit dans une histoire assez incroyable. On avait en effet pris connaissance, après la mort de l'auteur, qu'il avait réservé à son public un ultime roman. On le chercha pendant des jours jusqu'à ce qu'un de ses étudiants ne le trouve dans.... son congélateur!
Le film s'annonce donc foncièrement dramatique, violent, féroce et fiévreux. Les rôles de Frank et April ont été confiés à deux des meilleurs acteurs actuels. C'est une bonne chose et je leur souhaite bien du courage!
Ce sont deux rôles qui leur demanderont beaucoup..

06.06.2007

Lire Lolita à Téhéran - Azar Nafisi

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Présentation de l'éditeur
Après avoir dû démissionner de l'Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d'autres venaient de milieux progressistes et laïcs ; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à
la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation " révolutionnaire " de leur pays et de mesurer la primauté de l'imagination sur la privation de liberté. Ce livre magnifique, souvent poignant, est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran. Biographie de l'auteur
Azar Nafisi, née à Téhéran, a fait ses études universitaires aux Etats-Unis. Elle vit aujourd'hui à Washington où elle enseigne à l'université John Hopkins. Lire Lolita à Téhéran a remporté le prix du Meilleur livre étranger 2004 et le prix des Lectrices Elle, catégorie Document, en 2005.

Qu'il est parfois difficile de rendre hommage par les mots à une oeuvre littéraire qui nous a enchanté, qui nous a ouvert un monde tout entier, qui a sû nous émouvoir, nous inspirer, nous désarmer... Vous l'aurez deviné, j'ai pour le moins adoré ce livre, qui m'a captivée du début à la fin (tout au long de ses 468 pages). Je répéterais ce qu'a formulé l'écrivain Margaret Atwood au sujet de cette formidable oeuvre : "Tous les lecteurs devraient lire ce livre".
Azar Nafisi nous y raconte donc son expérience de femme et de professeur à l'université de Téhéran, de son combat tacite mais tout de même bien réel contre la république islamique. Son terrain se trouve être celui de la littérature, de la fiction, du roman. Comme le lecteur le découvrira, les oeuvres qui l'ont enchantée, elle, ainsi que ses étudiants (7 filles + 1 garçon) les aideront à s'ouvrir vers un monde qui leur est interdit : celui de la culture (occidentale dans son ensemble), celui du pouvoir de l'imagination, de la critique et de la philosophie qu'on trouve presque dans toutes les grandes oeuvres de notre temps. Azar Nafisi fera découvrir à ses étudiants l'univers d'auteurs tels que Nabokov, Fitzgerald, James, Austen et nous montrera également dans quelle mesure ceux-ci ont eu un impact dans sa vie personelle et professionnelle. Leurs écrits permettront à ces individus de trouver un nouveau souffle à leur existence, de trouver un moyen de mieux vivre leurs douleurs du quotidien.
Azar Nafisi nous décrit donc le quotidien de ces personnes, victimes d'un régime totalitaire condamnant quasimment toutes formes de libertés d'esprit et d'ouverture vers le monde extérieur, en particulier pour les femmes. Elle nous prend comme témoin de ces incroyables rapports humains tissés grâce au pouvoir de l'écrit et de la littérature, au moyen de débats et de réflexions enrichissantes. L'auteur nous montre la réalité de leur vie sans aucun détour, elle nous décrit la torpeur, la douleur, l'humiliation sans le moindre détour mais elle fait aussi bien plus que ça : en tant qu'universitaire spécialiste de la littérature, elle nous fait bien évidemment également part de ses critiques littéraires, lesquelles sont terriblement réjouissantes.
Plus qu'un essai littéraire, plus qu'une autobiographie, ce livre est une formidable porte ouverte vers un monde où la littérature s'avèrera être un échappatoire salvateur.
Ce livre est un bijou précieux, lisez-le!!

Daisy Miller - Henry James

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Présentation: Daisy Miller est jeune, belle et riche, mais son indépendance et ses manières excentriques d'Américaine choquent la vieille société européenne qui lui ferme ses portes. Toujours accompagnée de Giovanelli, un jeune mondain chasseur de dots, elle compromet sa réputation avec désinvolture. Même Winterbourne, son meilleur ami, ne croit plus à son innocence. Un soir, alors qu'elle contemple le clair de lune au pied du Colisée, elle contracte une maladie mortelle...

Parce qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, je me suis décidée à découvrir la prose de James qu'encore tout récemment, avec un de ses plus courts romans. L'écriture de James est en tous points comme je l'espérais: un style élégant, précis, pure et complexe, mais dans le bon sens du terme. Certes, on ne peut pas considérer cette oeuvre comme majeure à proprement parler. Mais elle n'en reste pas moins une lecture "classique" intéressante tant James réussit à nous dépeindre ce formidable personnage féminin qu'est Daisy Miller, jeune femme terriblement difficile à cerner et appréhender. Elle agit de manière légère et scandaleuse selon la société, société qui l'encerre et l'étouffe. Néanmoins, est-elle à même de juger la véritable valeur de son caractère? Le narrateur, le jeune américain Winterbourne, est comme le lecteur : troublé par les charmes et l'attitude de cette jeune fille, la délicate et ravissante mais irrévérencieuse et impertinente Daisy.
Henry James nous brosse là le portrait d'un personnage tout à fait attachant. Cependant, j'avoue que je n'aurais certaiment pas rechigné devant un roman plus épais, tant le personnage de Daisy nous échappe... Souvent qualifié de petite lecture "tiède" au sein de l'oeuvre assez conséquante de James, j'ai pour ma part trouvé en "Daisy Miller" un petit roman élégant, moderne pour son époque. Une lecture pas inoubliable mais tout de même fort admirable pour son portrait d'une jeune femme libre.

"Washington Square" sera le prochain roman de Henry James que je lirai. A suivre donc...

17.04.2007

Expiation - Ian McEwan

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Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.


Mon avis: "Expiation" est un roman intense, vertigineux, au travail d'écriture dense et fiévreux. L'histoire de ce roman débute à la manière des romans anglais du 18ème ou 19ème siècle (on notera d'ailleurs une citation préalable de "Northanger Abbey" de Jane Austen, pleine de significations), dans une langue si ce n'est désuète, en tous cas très délicate. Le style de Ian McEwan, rappelle (selon certains) celui de la romancière Virginia Woolf. la perception de Ian McEwan est extraordinairement aigüe. Il sait décrire les ressors de l'âme et de la conscience humaine brillamment, nous plonger dans le monde intérieur de ses personnages de manière enlevée. Les personnages sont si bien tracés qu'ils palpitent de vie sous nos yeux, traversent le papier et viennent nous hanter. "Expiation" doit être tout d'abord vu comme un roman follement romanesque, où son auteur se fait un plaisir d'user de mises en abîmes, des clins d'oeil littéraires et montre également la puissance du pouvoir de l'imagination, qui peut se faire destructeur. Les descriptions (tellement étoffées qu'ellles peuvent paraître parfois un peu lourdes, surtout au début - ceci sera ma seule et unique récrimination^^) sont imagées, symboliques, chatoyantes, poétiques. Le lecteur est immergé du début à la fin dans ce drame -familial qui a finalement quelque chose d'universel et de métaphorique. L'histoire d'amour est aussi très belle, et comme magnifiée par la tragédie et la passion.
Le roman, divisé en quatre parties, nous conte l'histoire d'un drame familial mais aussi intimiste, d'une passion amoureuse, d'un trouble psychologique et d'une erreur d'enfance qui sacrifiera l'existence de plusieurs individus.
Ce récit se passe pendant la seconde guerre mondiale. L'auteur ne souhaite pas nous épargner certains épisodes sanglants, comme pour montrer que le drame qui se joue au sein de cette famille n'est finalement qu'inscrite dans une tragédie universelle bien plus grande. L'épisode dans les hôpitaux militaires sont aussi émouvants que réalistes.
Le style d'Ian Mc Ewan respire la sensualité, le désespoir amoureux, la culpabilité, la passion, la souffrance intérieure. Sous la plume de cet auteur, tout un univers intérieur et sensoriel est restitué. "Expiation" est un roman fleuve, à la construction si habile qu'il en paraît parfois un peu vertigineux et impétueux. On ne peut sortir indemne d'une telle lecture. L'épilogue, en particulier, est foudroyant!

J'ai été volontairement assez vague dans mon compte-rendu, de manière à ne pas vous livrer l'essentiel de l'intrigue. En effet, dans tous romans romanesques, celle-ci est si bien ficelée et prenante, qu'il serait absolument dommage de la dévoiler...

Anecdote: L'écrivain déclare, dans un entretien pour Lire (Septembre 2003) : 'J'ai toujours voulu écrire un roman qui rappellerait Jane Austen. [... ] Je ne m'étais jamais mis dans la peau d'une femme et j'ai appelé à la rescousse les fantômes de Virginia Woolf et d'Elizabeth Bowen ! '

deux extraits:
"Elle ne se serait jamais consolée d'avoir subi des pressions ou de s'être fait bousculer. Ce ne fut jamais le cas. Elle se piégea elle-même, elle s'avança dans le labyrinthe de ses propres constructions, étant trop jeune, trop timorée, trop désireuse de bien faire, pour imposer qu'on la laissât faire son propre retour en arrière. Elle n'était pas dotée d'une telle indépendance d'esprit ni d'un âge suffisant. Une imposante assistante s'était massée autour de ses premières certitudes, et, à présent qu'elle attendait, Briony ne pouvait la décevoir devant l'autel. Ses doutes ne pouvaient être neutralisés qu'en s'enfonçant plus avant. En s'accordant étroitement à ce qu'elle croyait savoir, en resserrant ses pensées, en réaffirmant son témoignage, elle pouvait ainsi écarter de son esprit le mal qu'elle n'avait qu'obscurément l'impression de faire. Lorsque l'affaire fut close, lorsque le jugement fu prononcé et l'assistance dispersée, un oubli juvénile er impitoyable, une volonté d'effacement la protégèrent bien avant dans son adolescence"
"Certaines lettres - les siennes et celles de Cecilia - étaient confisquées en raison de quelque expression timide de leur affection. Si bien qu'ils se parlaient de littérature, et utilisaient certains personnages en guise de code. A Cambridge, ils s'étaient croisés dans la rue. Ils ne s'étaient jamais rencontrés pour débattre de tous ces livres, de tous ces couples heureux ou tragiques! Tristan et Iseult, le duc Orsino et Olivia (et aussi Malvolio), Troïlus et Cressida, Mr Knightley egt Emma, Vénus et Adonis, Turner et Tallis. "

Et enfin, voici la bande-annonce de l'adaptation cinématographique, signée Joe Wright (le réalisateur d'"Orgueil & Préjugés" 2006), avec Keira Knightley (que je n'apprécie pas tant que ça), James McAvoy (que j'adore), Romola Garai (que j'aime beaucoup):

15.04.2007

La Première fois que j'ai eu 16 ans - Susie Morgenstern

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Présentation (amazon.fr): “Pourquoi la beauté ne fait-elle pas partie des droits de l’homme ?” se demande Hoch, ainsi surnommée à cause de sa taille imposante. Et comment faire pour supporter les journées qui se ressemblent toutes, quand on ne rêve que d’amour absolu et de feux d’artifice ? Hoch, la narratrice de cette histoire presque vraie, est une guerrière douce, émotive, convaincue du triomphe ultime de la vérité et de la raison dans un monde violent, masculin et injuste. Ce livre raconte ses combats et ses amours, l'entrée dans le jazz-band du lycée, une fugue, des déboires et des merveilles, avec une émotion communicative et pudique, une inlassable passion de vivre.

Susie, jeune adolescente juive new-yorkaise, parle. De ses états d'âme... "La première fois que j'ai eu seize ans, j'étais moche et je n'arrêtais pas de le dire au miroir de ma mère. Je jouais de la contrebasse, sans doute ressemblé-je à cet instrument." Ainsi commence cette confession au ton doux-amer. Luttes au lycée, amours réussis ou contrits, fugue, entrée dans le jazz band de l'école, déboires et aventures. Scénario a priori classique pour un récit qui ne l'est pas. L'auteur a pris le parti de parler des états d'âme de son héroïne, chapitre par chapitre, explorant à chaque fois une nouvelle facette de cette jeune adolescente. Difficile pour le lecteur de ne pas retrouver des bribes de-ci et de-là de sa propre adolescence dans ce roman qui traite toutes les difficultés comme les bonheurs d'une période réputée compliquée. Un livre original pour découvrir la vie d'une jeune new-yorkaise des années soixante, pendant féminin et plus sage des célèbres Basketball Diaries de Jim Carroll. --Florent Mazzoleni


Mon avis: C'est en me rendant au salon du livre de Paris, en mars dernier, que j'ai eu l'idée de lire un roman de Susie Morgenstern. Cette femme très souriante et chaleureuse, dédicaçait ses romans au stand "Ecole des Loisirs" du salon. D'elle, j'avais lu son énorme best-seller "La sixième", lorsque j'étais dans la classe du même nom. J'en garde un souvenir extrêmement flou, tout ce dont je me rappelle c'est que j'ai beaucoup aimé.
Sur le stand, son roman "La première fois que j'ai eu seize ans" me faisit de l'oeil, j'ai décidé de me l'offrir et de me le faire dédicacer:) Et je ne l'ai pas regretté!
Comme beaucoup de romans de "L'Ecole des Loisirs" traitant de l'adolescence, celui-ci est un véritable petit bijou, un sourire sous forme de livre, un condensé de bonne humeur, un récit drôlatique et terriblement attachant.
Le verbe de Susie Morgenstern est, à son image, très chaleureux. Dans ce roman écrit à la première personne, Hoch (comme on la surnomme) est une jeune fille heureuse mais complexée. Cherchez l'erreur... il n'y en pas. Elle se plaint mais sait également qu'elle a une famille qui l'aime (même si ses soeurs ainées ont la fâcheuse tendance de vouloir percer ses boutons^^), des amis, des bonnes notes et surtout un sens à sa vie: la contrebasse. Cet instrument, selon elle, lui ressemble beaucoup :) Elle rêve d'entrer dans le jazz-band de son lycée. Le hic, c'est que jusque là, il a toujours été réservé aux garçons... Elle se jure néanmoins d'abattre les préjugés et de s'affirmer!
Le roman est composé d'assez courts chapitres, tous commençant par la mention "La première fois que j'ai eu 16 ans...". Ces chapitres font comme figure de scénettes où "Hoch" nous raconte sans le moindre tabou ses joies, ses peines, sa rancoeur, ses émois, ses amis, sa famille, ses amours, sa fugue, ses déboires, mais aussi ses déclarations d'amour à la vie, à ses 16 ans.
C'est le roman le plus autobiographique de Susie Morgenstern. Il y a beaucoup de Hoch en elle...


"La première fois que j'ai eu seize ans, j'étais certaine que la vie me devait une somme exorbitante de rires, de distractions et de bons temps, et qu'elle ne payait pas assez vite sa dette."

un extrait où je me retrouvé étrangement:
"Je déteste les maths parce qu'elles font une marque noire dans ma vie grise, parce que c'est un gribouillis dans mon cerveau net et un point noir dans une journée rose. Quelle horreur de rester là en classe à ne rien comprendre. Rien! Si c'était du chinois par exemple, ce serait naturel de ne rien comprendre. Mais toutes ces ordures qui comprennent aisément ne sont que des monuments à la gloire de ma stupidité. J'ai des théories pour entretenir ma haine contre les génies matheux : ce sont des détraqués sexuels, des fous furieux, des maniaques, des obsédés ridicules. Comment les voir autrement, car pourquoi s'installer dans les chiffres et les nombres plutôt que dans les mots et le langage?"

A noter qu'il existe une adaptation cinématographique (apparamment assez libre) intitulée "La première fois que j'ai eu 20 ans" avec Marilou Berry dans le rôle principal. Il faut absolument que je vois ce film!

Maurice d'EM Forster

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Présentation: Depuis son plus jeune âge, Maurice est hanté par des rêves dont il s'explique mal la nature étrange et mélancolique. Puis, comme tous les jeunes gens de la bonne société anglaise, il part faire ses études à Cambridge. C'est là qu'il rencontre Clive, étudiant comme lui, auprès de qui il sent naître de nouveaux sentiments. Tentant d'abord d'ignorer cette passion, le jeune homme va peu à peu entamer un long cheminement, parfois douloureux, vers la liberté et l'affirmation de son identité. Dans ce récit intimiste à l'écriture ciselée, Forster, qui jamais ne consentit à ce que cette oeuvre soit publiée de son vivant, livre une magnifique histoire d'amour sur fond de chronique sociale de l'Angleterre puritaine des années 1920.

Mon avis: Un classique de la littérature anglaise que je me devais de lire.
Je n'ai pas été déçue, même, si par moments, le style d'EM Forster (ou peut être la traduction de 10/18) me donnait une impression de lourdeur. Mais heureusement, la plupart du temps, j'ai été transportée. Ce récit est avant tout une admirable peinture de la mélancolie amoureuse, de la passion réfrénée, de l'état de torpeur dûe à la crispation et à la frustration. Avant de traiter de l'homosexualité et de ses préjugés au sein de la société anglaise gindée de l'époque, ce roman nous présente un tableau plein de nuances d'un caractère terriblement humain en la personne de Maurice. Maurice est un personnage admirable, c'est un jeune homme passionné, follement épris, fougueux mais aussi terriblement réfléchi et sujet à l'introspection. Le paradoxe se trouve là justement... Maurice est en quête de son identité, il est sujet à nombre de crispations, d'étouffements, d'élans du coeur et de l'esprit. Le lecteur se voit très vite plongé dans la conscience de cet homme qui semble avoir tout l'air d'un héros post-Romantique (avec un R majuscule, svp). En plus d'être une magnifique histoire d'amour, ce roman est peut être davantage une critique élégante et un portrait acide de l'Angleterre victorienne, de sa pruderie et de son hypocrisie. Une lecture très intéressante qui m'a donnée une folle envie de découvrir l'adaptation de James Ivory, qui, parait-il, est excellente...

24.03.2007

La Voleuse de livres - Markus Zusak

ATTENTION: CHEF D'OEUVRE ...

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Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter.
Une histoire étrange et émouvante où il est question
- dune fillette ;
- de mots ;
- d'un accordéoniste ;
- d'Allemands fanatiques ;
- d'un boxeur juif ;
- de vols.

Traduit en 20 langues, le best-seller 2007.


Il est rare que je poste mon avis juste après avoir achevé la lecture d'un roman, surtout lorsqu'il est minuit passé. Je dirais même que c'est EXCEPTIONNEL. Mais ce livre est lui-même exceptionnel, alors je lui devais bien ça^^
C'est un roman incomparable, je n'ai rien lu de tel jusqu'à aujourd'hui. Il est puissant, virevoltant, touchant à en tomber par terre, écrit de manière virtuose et différente, drôle parfois aussi, mais toujours terriblement sublime. La mort est la narratrice du récit mais ne vous fiez pas au côté soit disant "sensationnaliste" de ce choix de l'auteur. Ici, la forme sert toujours le fond. Je n'irai pas jusqu'à faire un résumé de cette oeuvre, car il serait forcément réducteur. Je serais tout simplement incapable de lui rendre hommage en relatant son histoire à proprement parler. Disons juste qu'il s'agit de suivre une fillette allemande du nom de Liesel, fraîchement adoptée et arrivée dans une petite ville misérable près de Munich, de découvrir ce qui fait d'elle une voleuse de livres, de partager son goût et sa faim des mots, de vivre à ses côtés pendant quelques années... De faire la connaissance des personnes qui compteront dans sa vie : son adorable "Papa" accordéonniste à la générosité et au courage impensables, à sa "maman" jamais avare de gros mots et de tendresse, de son meilleur ami -un peu aussi amoureux d'elle - Rudy, l'incorrigible gamin à qui on s'attache irrémédiablement ; Max, son Ami juif, qui trouvera refuge dans les mots et les idées grâce à elle et qui lui rendra hommage en écrivant son histoire ; l'épouse du maire de la ville, femme effacée et meurtrie par le deuil, fournisseuse plus ou moins officielle de ses lectures... Tout comme ses personnes hanteront la Mort (elle l'avouera par la suite), ces personnages hanteront votre vie de lecteur.
Hitler plâne sur le roman telle une entité, et ce, du début à la fin. Il est intéressant de découvrir l'autre côté du miroir, où la décadence et la souffrance sont aussi de mise... Ces allemands se verront pour la plupart enrolés de force dans le nazisme, d'un point de vue concret, mais aussi d'un point de vue idéologique.
Markus Zusak traite de l'Histoire de manière à conférer à son oeuvre une dimension d'intemporalité. C'est selon moi l'apanage des chefs d'oeuvre. Le roman est construit de manière absolument brillante. Sa structure diffère de tout ce que j'ai pû lire jusqu'à maintenant. L'auteur fait preuve d'une extraordinaire maîtrise, il est avant tout un formidable conteur.
La Mort en tant que narratrice, a une puissance évocatrice incroyable. Sa vision des choses est différente de la nôtre, elle n'est pas inscrite dans le temps ni dans l'espace, elle n'est jamais limitée.
Elle ne ressent jamais rien d'humain à proprement parler. Elle est complètement dénuée de haine, "vole les âmes avec douceur", et fait parfois preuve de compassion. Mais là encore, une compassion peu comparable avec la nôtre.
Ce roman est un joyau, qui laisse son empreinte et vous accompagne encore et encore, même la lecture achevée.
J'aurais voulu être capable de rendre hommage à chacune des plus petites parcelles de ce livre, restituer la magnificence de ses personnages, chacune de leur facette, chacun de leurs actes, de leurs élans désespérés, rendre intact le pouvoir des mots de l'auteur et ceux écrits par Leisel... Mais il faut se rendre à l'évidence, c'est impossible. Je dirais juste que ce roman tient du coup de maître, voir du coup de génie. Une oeuvre à la puissance incantatoire mais jamais écrasante, un récit où le lecteur ne peut que se sentir proche des êtres et de leur situation... UN CHEF D'OEUVRE!

A noter que l'auteur n'a QUE 30 ans...

....En bref, je vous recommande fortement la lecture de ce roman! :D J'attends vos commentaires de lecture avec impatience!!


un extrait, un joyau parmi tant d'autres:

Tout le monde, je suppose, connaît des épisodes marquants dans sa vie, surtout dans l'enfance. Pour certains, ce sera l'incident Jesse Owens. Pour d'autres, une histoire de lit mouillé.

Le mois de mai 1939 tirait à sa fin et la soirée se déroulait comme la plupart des autres. Maman repassait avec sa poigne de fer. Papa était sorti. Liesel nettoyait la porte d'entrée et regardait le ciel au-dessus de la rue Himmel.
Un peu plus tôt, il y avait eu un défilé.
Les membres extrémistes du NSDAP (connu également sous le nom de parti nazi), en chemise brune, avaient parcouru au pas la rue de Munich en portant leurs drapeaux fièrement, la tête haute et comme plantée au bout d'une pique. Ils chantaient à pleine voix, le clou étant une interprétation rugissante de «Deutschland über Alles», «L'Allemagne par-dessus tout».
Comme toujours, ils furent applaudis.
Cela les stimulait. Ils poursuivirent leur route vers on ne savait où.
Les gens les regardaient passer, les uns en saluant bras tendu, les autres en applaudissant à s'arracher la peau des mains. Certains, comme Frau Diller, avaient leur tête des grands rassemblements, grimaçante de fierté, et puis, ici et là, il y avait les gens à part comme Alex Steiner, qui claquait des mains lentement, consciencieusement, comme taillé dans une souche. Soumission.

Liesel était sur le trottoir avec Papa et Rudy. Le visage de Hans Hubermann ressemblait à une fenêtre aux volets clos.

QUELQUES CHIFFRES
En 1933, 90 % des Allemands affichaient un soutien sans faille à Adolf Hitler.
Ce qui veut dire que 10 % ne le soutenaient pas.
Hans Hubermann en faisait partie.
Il y avait une raison à cela.

22.03.2007

Sanditon - Jane Austen (achevé par une autre Dame)

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"Ce manuscrit inachevé de 1817 de Jane Austen qui en a écrit les onze premiers chapitres (p. 8-83) a été finalement complété par une modeste romancière. Les amateurs apprécieront."

Quel délice que ce roman de Jane! Comme le titre l'indique, l'auteur l'a malheureusement laissé inachevé mais une autre romancière (qui a désiré garder l'anonymat) l'a terminé, faisant de cette oeuvre un livre absolument charmant. On y retrouve tous les ingrédients des romans de Jane chers à nos coeurs: tels que la peinture des caractères, le voyage sentimental d'une jeune fille, l'ironie à la fois douce et acerbe visant les individus et la société dans laquelle ils évoluent, leurs ridicules etc. Le récit se déroule dans la petite ville de Sanditon, jolie bourgade paisible que le gentleman Mr Parker souhaite plus que tout voir transformer en station balnéaire "à la mode"...
Charlotte Heywood dont les parents avaient rendu un fier service à Mr Parker et à sa femme suite à un accident de la route, est invitée à séjourner chez eux et à profiter ainsi de l'air de la mer et de la société (quelque peu réduite) de Sanditon. Charlotte y rencontrera quelques personnes, certaines qui lui seront plus aimables que d'autres. Le lecteur fait donc la connaissance d'une galerie de personnages plus hauts en couleurs les uns que les autres : les soeurs et frère hypocondriaques de Mr Parker, la riche et quelque peu prétentieuse Lady Denham et sa pupille, Clara Brereton, les demoiselles Beaufort (toujours très soucieuses de leur toilette), le neveu de Lady Denham, Sir Edward, grandiloquent et ridicule (voulant toujours faire étalage de sa soit-disante culture littéraire), Sidney Parker, le dernier arrivé en ville et frère du hôte de Charlotte, gentleman plein d'assurance qui sait parfaitement mener à la baguete tout ce petit monde!
Charlotte est une héroïne austenienne quelque peu en retrait mais qui a l'excellent mérite d'être une observatrice douée. Sensible mais aussi fort sensée, Charlotte se montre aussi très discrète. On la décrit comme une jeune fille pleine de bon sens, raisonnable et pondérée mais qui finira par tomber passionnément amoureuse (j'ai beaucoup aimé ce paradoxe). Moins docile que la Fanny de "Mansfield Park" et moins naïve que la Catherine de "Northanger Abbey', Charlotte sait aussi prendre les choses en main lorsque la situation l''exige. Elle sera capable de prendre des risques. Charlotte n'est pas le seul personnage ambivalent du roman. Le lecteur va en effet, de surprise en surprise... Sidney Parker, tant qu'à lui, est en passe de devenir l'un des gentlemen austeniens que je préfère! Quel verve, quel charisme et quel humour!
La déclaration d'amour à a fin du roman est aussi très joliement écrite.
Bref, si vous aimez Jane Austen, vous vous régalerez à coup sûr de ce roman. Il ne vous reste plus qu'à le trouver, ce qui, je dois bien le reconnaître, ne sera pas une mince affaire, cette édition étant maintenant épuisée... Peut-être auriez-vous plus de chance en cherchant à la bibliothèque.
Si vous appréciez Jane, il serait vraiment dommage de passer à côté de ce roman. J'ai trouvé que la deuxième partie du récit, écrit par une autre donc, rendait bien hommage à Jane, de part son élégance et sa fluidité.
Un roman léger, divertissant, très bien construit et écrit, plein de délicatesse et de charme et surtout irrésistiblement drôle.

27.02.2007

L'histoire de l'amour - Nicole Krauss

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A New York, la jeune Alma ne sait comment surmonter la mort de son père. Elle croit trouver la solution dans un livre que sa mère traduit de l'espagnol, et dont l'héroïne porte le même prénom qu'elle. Non loin de là, un très vieil homme se remet à écrire, ressuscitant la Pologne de sa jeunesse, son amour perdu, le fils qui a grandi dans lui. Et au Chili, bien des années plus tôt, un exilé compose un roman...

Ce roman de Nicole Krauss est incontestablement de ceux qui laissent une trace en nous. Il se démarque par son ambition, il constitue par le traitement unique qui a été fait de son sujet, une des très bonnes surprises de l'année littéraire 2006. C'est un roman touchant, poignant même à certains moments. Prenant l'Amérique d'aujourd'hui, sur laquelle plâne encore l'ombre de la Shoah, comme toile de fond de son récit, Nicole Krauss écrit avant tout de manière à montrer l'attachement et la tendresse qu'elle voue à ses personnages. Au coeur de son histoire, des vies s'entremêlent, se heurtent, des existences qui n'étaient pas faites pour se figer dans le temps et l'espace, et qui retrouvent donc des échos dans le présent. C'est avant tout l'histoire d'individus qui se retrouvent mêlés dans une seule et même histoire: l'histoire de l'amour et de l'écriture, une histoire intemporelle, de l'attachement et du coeur, de la douleur incarnée par le sentiment et l'émotion du souvenir et de la mémoire.
Il y a d'abord Léopold (le personnage qui m'a sans doute le plus touchée), le vieux monsieur polonais exilé à Brooklyn et hanté par la déportation. Léopold est un homme meurtri par la vie, qui n'a jamais pu trouver le bonheur. Il a perdu la femme qu'il aimait (qui s'est marié avec un autre), celle qui restera à jamais la femme de sa vie. Ils ont eu un fils, que Léopold n'a jamais pu rencontrer. Il décidera de vivre par procuration, en regardant son fils grandir puis vieillir, en cachette. La vie de Léopold n'a de sens que parce que son fils vit. Il parvient à continuer à exister seulement en sachant qu'il a un fils, qu'il ne connaît pas et qui ne le connaît pas mais qu'il aime de manière touchante et déchirante. L'histoire de Léopold transcende "L'Histoire de l'amour', lui confère un éclat mélancolique incomparable. Un des récits familiaux les plus plus bouleversants que j'aie pu lire.
Il y a aussi le compatriote et ami de Léopold, Livitnoff, écrivain réfugié au Chili, auteur d'un seul roman mais encore retentissant dans certains esprits, justement intitulé "L'Histoire de l'amour". Tous deux ont aimé la même femme, Alma. Livitnoff aussi a vécu par procuration d'une certaine manière, vous saurez pourquoi à la lecture de ce roman...
Et puis il y a Alma, une adolescente de New York, qui vit seule avec sa mère et son frère. Alma est une jeune fille intelligente qui aime se poser des questions. Alma vient de perdre son père. C'est en parcourant les pages de son journal intime que le lecteur découvre que sa famille a bien du mal à combler le vide son absence. Sa mère, traductrice, se renferme sur elle-même et son frère, lui, semblerait s'être tourné vers un certain fanatisme religieux. Alma, afin de mieux connaître son père et aussi panser les blessures de sa famille, décide d'enquêter sur le livre préféré de celui-ci: "L'Histoire de l'amour". Son père avait adoré cette oeuvre. C'est donc dans un effort désespéré qu'Alma veut se rapprocher de lui. La littérature a-t-elle un pouvoir si conséquent sur les êtres, peut-elle de manière plus ou moins symbolique, être amenée à les rapprocher, les aider à mieux se comprendre? Nicole Krauss semble répondre par l'affirmative à cette question.
Ces 3 voix, ces 3 individus, ces 3 destins dont s'entrecouper, puis se confronter, comme pour mieux montrer que le temps et l'espace ne sont rien face au pouvoir de l'amour et du souvenir.
Ce livre, l'Histoire de l'amour (le livre dont il est question dans ce roman, et non pas ce roman à proprement parler) n'est pas fameux mais porte en lui le secret de plusieurs existences. Il est la clef du récit qui nous est conté.
Ce roman est d'abord pour moi un merveilleux hommage à l'amour filial, mais aussi une puissante déclaration d'amour au récit de mémoire, à la transmission et surtout, de manière plus générale, à la littérature et à l'écriture. Il fait aussi figure de touchante méditation sur les séquelles de l'Holocauste, sur les familles brisées, sur les liens humains. C'est un voyage littéraire sentimental assez inoubliable. La structure du roman n'est pas toujours simple à suivre et pourrait paraître artificielle à certains, mais le lecteur se doit d'aller au-delà de ces simples considérations formelles...

- "Quand l'heure est avancée et que la nuit tombe avant que je sois prêt pour des raisons que je ne saurais expliquer, c'est dans les poignets que je le sens. Et quand je me réveille et que mes doigts sont raides, il est presque certain que j'ai rêvé de mon enfance. Le pré où on jouait, où tout a été découvert et où tout était possible. [...] La raideur des doigts est le rêve de l'enfance tel qu'il m'a été rendu à la fin de ma vie. Je dois les mettre sous l'eau chaude, vapeur recouvrant le miroir, dehors, le bruissement des pigeons. Hier, j'ai vu un homme donner un coup de pied à un chien et je l'ai ressenti dans mes yeux. Je ne sais pas comment nommer cela, un endroit avant les larmes. La douleur de l'oubli : épine dorsale. La douleur du souvenir : épine dorsale. Toutes les fois où j'ai réalisé tout à coup que mes parents étaient morts, aujourd'hui encore, j'en suis toujours surpris, d'exister dans un monde tandis que ce qui m'a créé a cessé d'exister : mes genoux, il me faut un demi-tube de Ben-Gay et tout un cinéma ne serait-ce que pour les fléchir. A chaque chose sa saison, chaque fois que je me suis éveillé en faisant l'erreur de croire un instant que quelqu'un dormait à mes côtés : une hémorrhoïde. Solitude : il n'existe pas d'organe qui puisse l'accueillir en entier".

23.02.2007

Pensées secrètes - David Lodge

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Dans le cadre de la mythique université de Gloucester, deux personnages se sont engagés dans le jeu complexe de la séduction : Ralph Messenger, spécialiste des sciences cognitives, et Helen Reed, romancière fragilisée par son récent veuvage. A travers une succession d'événements et de retournements de situation, les personnages découvrent, avec brio, qu'on se trompe souvent sur soi et presque toujours sur les autres.

Mon tout premier roman de David Logde et certainement pas mon dernier! Ce roman est d'une rare habileté, aussi bien du point de vue de la construction du récit que de la psychologie des personnages. Comme son titre l'indique, l'auteur s'immerge dans la description de la conscience et du sub-conscient de ses personnages, Ralph et Helen plus particulièrement. Ralph est un universitaire admiré et très plébiscité, spécialiste des sciences cognitives et matérialiste au plus haut degré tandis qu'Helen est une romancière, amoureuse de la littérature, et de la peinture des sentiments que celle-ci peut lui offrir. Deux personnes plutôt différentes donc, dont les points de vue vont se heurter tout au long du récit. Mais au delà de leur divergences d'esprits, se formera entre eux une attirance réciproque qui finalement se révèlera le coeur du problème...
L'histoire est racontée par ces deux personnages en question, ce qui lui confère ainsi une richesse de tons absolument réjouissante. Ralph se confie à un dictaphone ultra-moderne afin de faire des recherches très poussées sur la conscience. Il nous raconte tout ce qui lui passe par la tête, aussi bien des choses triviales et ordinaires que des pensées qu'il ne souhaiterait pour rien au monde voir révélées à son entourage, et surtout pas à sa femme. Helen, elle, plus modeste dans son entreprise, remplit les pages de son journal. Elle nous fait vivre le déroulement de ses cours, ses rencontres et ses discussions passionnantes avec Ralph, sa vie sociale de manière plus générale. La majeure partie du récit est donc vue de manière tout à fait subjective. Pari difficile que celui de donner presque entièrement la parole à des personnages multi-dimensionels, profondément humains et crédibles, avec leurs peurs, joies, peines, secrets, troubles etc. sans jamais les contredire. Certains auteurs se seraient sans doute enlisé dans ce mode narratif complexe et contraignant mais ce n'est certainement pas le cas de David Lodge. En effet, celui-ci est un maître dans l'art de la psychologie littéraire. De plus, bien au-delà d'un simple récit d'une rencontre faite dans une université anglaise, l'auteur nous montre qu'il s'est documenté et intéressé à l'avancée de la recherche sur l'intelligence artificielle.
Un roman où le lecteur se surprendrait presque à regarder par le trou de la serrure tant il semble se plonger avec facilité dans l'esprit et les sentiments de personnages plus vrais que nature...
Très habilement construit et écrit mais sans rebondissements à proprement parler, ce roman de David Lodge fait avant tout figure d'un exercice difficile accompli :)
Ces pensées secrètes, bien évidemment pas toujours avouables, sont un régal.

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