06.08.2006

Le Jardin des Innocents de Kristien Hemmerecht

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Présentation: Trois sœurs d'une quarantaine d'années quittent la Flandre pour se rendre en Espagne, dans le petit port où, enfants, elles venaient en vacances : Nora, la benjamine, l'actrice, la séductrice ; Judith, l'aînée, la femme d'affaires aux activités mystérieuses ; et Hélène, vendeuse de parfumerie apparemment conventionnelle et sans histoires. Ensemble, elles vont retrouver leur tante, une
femme solitaire mise au ban de la famille depuis bien longtemps et qui s'est installée dans un lieu chargé de symboles, une bâtisse où la municipalité enfermait les filles-mères à l'époque de Franco. Au fil des kilomètres et des souvenirs égrenés dans le cadre de cette intimité illusoire, le passé évoqué met au jour les strates de moins en moins avouables de la personnalité des trois sœurs. La famille est toujours lieu de drames. Et le temps du voyage suffit pour que la mécanique sociale se dérègle, que les apparences se fissurent et qu'affleurent la violence, la folie ordinaire. Ce récit d'allure nonchalante, courant au fil de la plume ou paressant au rythme de la conversation, évoquant tour à tour la souriante mélancolie de Tchekhov ou l'âpreté d'Ibsen, offre une image parfaite de l'univers de Kristien Hemmerecht : un monde où la mer bleue cache d'inquiétants abîmes, où rien n'est " innocent ".

Mon avis: C'est complètement par hasard que je suis tombée sur ce roman à la bibliothèque. Je ne connaissais absolument rien de son auteur (apparemment très populaire en Belgique et aux Pays-Bas). Je l'ai emprunté car j'aime beaucoup la collection Actes Sud (je suis très rarement déçue par ce qu'ils éditent ^^) et je trouvais la photo de la couverture plutôt belle, et également parfaitement en accord avec la période estivale! Ce roman est une sorte de road-book, nous suivons les 3 soeurs Verstappen sur leur trajet en voiture qui les mènera vers l'Espagne. Mais plus qu'un voyage sur les routes c'est un voyage dans le passé des personnages et de leur conscience que nous propose ici l'écrivain. Ces trois jeunes femmes, Judith, l'aînée qui conduit, féroce business woman et personne forte, Hélène, la plus fragile (aussi bien psychologiquement que mentalement), esthéticienne et enfin la cadette, Nora, l'artiste et la plus libérée de la famille. C'est cette dernière qui nous raconte, nous décrit, nous plonge au plus profond des souvenirs de la famille et qui nous révèle aussi nombre de secrets...
Le roman, très bien écrit, peut paraître tout d'abord un peu terne, même banal. Du moins au début, l'histoire ne semble recéler aucune intrigue particulière. C'est au fil des pages et du voyage des trois soeurs que s'ébaucheront bien davantage les caractères des ces femmes. Au début, ces trois personnages nous paraissent sans doute un peu trop stéréootypées mais au fur et à mesure qu'elles se rapprochent de leur destination et que l'histoire se déroule, elles prennent davantage de vie et d'ampleur. Le lecteur est alors bien plus à même de comprendre leurs failles. Les relations entre les soeurs est alors assez remarquablement dépeinte, elles parviennent à nous émouvoir. Nora, la narratrice, sait depuis le début où elle veut nous emmener, mais compte bien au préalable nous expliquer certaines choses, nous décrire l'histoire familiale. Ce voyage vers l'Espagne où se trouve une maison dont elles vont hériter n'est pas faite pour retrouver un semblant d'innocence, innocence que deux d'entre-elles sont bien conscientes d'avoir perdu à jamais, mais est plutôt un prétexte pour s'aimer tout simplement, et surtout se retrouver.
Je ne pourrais en dire plus sur ce roman de peur de vous révéler malencontreusement le début de l'intrigue. Je ne vous expliquerai pas le titre non plus. C'est un roman sur la fêlure de l'être humain, subtilement écrit et particulièrement troublant.

24.03.2006

Le marteau et l'enclume - Christine Falkenland


La mort du père a laissé la jeune héroïne de ce roman sous la coupe d'une mère autoritaire, dominatrice, qui a fait d'elle une enfant murée dans la haine de soi. Devenue adolescente, elle est trop perturbée pour aller au lycée. Aussi la mère engage-t-elle un précepteur qui bientôt incarne, aux yeux de la jeune fille, la seule chance de salut. Commence alors un jeu de séduction - puis de soumission : le " sauveur " entraîne son élève dans une relation sadomasochiste qu'elle ne cessera plus de reproduire, tout au long de sa vie de femme, à jamais brisée... De façon presque clinique et dans une écriture très crue, Christine Falkenland met en scène l'enfermement névrotique en ce qu'il peut avoir de plus odieux autant qu'irréparable. Ce texte sans complaisance, mais aux accents provocants, est le troisième roman d'une jeune femme considérée en Suède comme l'un des écrivains les plus prometteurs.
Amertume et colère nous atteignent en ce roman suédois autant que la pauvre héroïne qui évoque sa vie à l'occasion de la mort de sa mère, une vie gâchée par un père froid et un précepteur trop chaud. -- Services Documentaires Multimédia


Mon avis: Ce roman peut s'avérer difficile à lire, non pas du fait de l'écriture même de l'auteur mais plutôt de l'histoire qui nous est ici contée. Tout dans cette narration respire le malaise, le mal-être. Cette jeune femme, à défaut d'avoir reçu l'affection de sa mère (qu'elle désirait tant pourtant) ne cesse de s'offrir sans jamais recevoir en retour. Elle construit une sorte de forteresse autour d'elle et comprend qu'elle n'est et ne sera que solitude. Elle n'a jamais et ne connaîtra plus jamais l'amour de sa mère et pour cette raison, elle ne pourra trouver le bonheur. C'est donc cette terrible sensation, cet effroyable sentiment, cette prise de conscience que le lecteur semble retenir de l'oeuvre. Ce roman est relativement court, et se lit vite. Cet auteur (suédoise) a un style bien particulier. Ses phrases sont courtes, presque tranchantes, à l'image des aléas de l'existence du personnage principal. L'auteur distille sa prose, et ne tombe jamais dans le superflu. Son écriture est extrêmement crûe, à l'évidence mais également sobre et pleine de justesse. Le roman est mélancolique et n'accorde de répit à personne. C'est une oeuvre touchante, esthétique mais tout de même profondément pessimiste. A déconseiller aux âmes sensibles mais à conseiller aux amoureux de la littérature, à la recherche d'une oeuvre sombre, ténébreuse, ardente.